roman-blog

18 avril 2005

exterieur

Un roman qui s'écrit au jour le jour.
Monologues intérieurs, mais adressés,
correspondances,
dialogues,
de personnages
qui se cherchent, s'évitent, se trouvent, se séparent, se réunissent...
On peut préférer suivre chaque personnage dans sa catégorie A, B, C...

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A

À nouveau je vois les mêmes visages mais comme d’habitude je ne vois pas les mêmes choses qu’eux. C’est dur, tu sais, de se sentir dans la médiocrité, et en même temps sentir la médiocrité sourdre de soi-même. C’est comme une plaque de verre qui empêcherait toujours au moment crucial le geste décisif. Alors je vais dans l’existence, comme tant d’autres. Je me pose des questions, mais peut- être eux aussi ? Comment savoir ? J’ai renoncé à pas mal de choses, mais peut-être eux aussi ? Finalement j’ai toujours l’impression que les gens sont en avance sur moi. C’est vrai, on se plie toujours aux habitudes dominantes. Et on a raison. Sinon, on dérange les gens. Et ce n’est pas bien, de déranger les gens. Ça dérange tout le monde. Alors on se tait, je me tais, du moins, juste au moment où il faudrait parler. Pourtant, j’aime les gens, tu sais. Mais je ne les comprends pas toujours. Peut-être une question d’orgueil. Une question de retard, en fait. Évidemment, il est dangereux de se dire qu’on a raison contre tout le monde. Et pourtant tout le monde se dit ça ! C’est obligé ! Chacun est le centre du monde ! Irremplaçable ! Irréductible !

Pour chacun, tous les autres sont une menace ! Une remise en cause ! Et les gens vivent comme ça ! C’est étonnant qu’il n’y ait pas plus de meurtres, si on y réfléchit. Pas plus d’accidents inexplicables, de drames familiaux et sordides, de types qui étranglent leur femme et égorgent leurs enfants, de types qui se saoulent à mort jusqu’à se retrouver sur le trottoir, dépouillés et la tête fracassée, une bande de voyous qui passait. Finalement les gens sont bien élevés. Moi aussi d’ailleurs. La comédie sociale marche à plein, avec ses bizarres moments de détente, de soulagements, ses quelques sursauts de chaleur apprise et pourtant spontanée. Quand j’y pense, c’est une idée vertigineuse…
J’en ai bien d’autres, des idées vertigineuses. Le vertige en fait commence, peut commencer à tout moment. Ils sont sympas, les adolescents, ils ne se doutent de rien. Si ils savaient ce qui les attend… Comme tout devient bizarre, avec le temps… Comme tout se révèle d’une manière toujours inattendue, comme tout se noue… Et c’est pas fini pour moi… Je suis pas très vieux… Qu’est-ce qui peut se passer, dans la cervelle d’un vieux ? Encore une idée vertigineuse…

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B

On écrit avec son sang... Tout passe par le sang, pourquoi ne pas le dire, et moi je t'écris avec ma plume, même si je sais que la lettre ne partira pas. Où es-tu ? M'entends-tu ? Je suis bien un fils indigne et impie, n'est-ce pas ? Oh, ma fille, tu verrais comme elle est belle, et douce... À la fin, même les bébés ça ne t'intéressait pas tellement. Fascination, peut-être... Intérêt, oui, mais pas comme nous autres, de ce coté-ci de la barrière... Oui, tu sais, elle pousse bien, elle est coquine. Moi hier j'ai chanté une cantate de Bach, dans une église, ça t'aurait plu. Ça t'a plu ? Et moi, je suis vivant. En attendant. C'est tellement peu de choses, n'est-ce pas ? Non, tu n'aimerais pas que je dise cela. C'est le reste qui est peu de chose peut-être. Tu dois le savoir et bien rigoler. Non, ce n'est pas ton genre non plus. Je ne sais pas ce que tu fais, pourtant je sais que tu es là, dans cet espace libre de l'âme... Cet espace qui n'est sur aucun atlas... aucune carte... un espace que la science, que la raison ne connaît pas... L'espace qui se dérobe, l'espace du mystère... Je voudrais, j'aurais voulu te dire au revoir comme un petit enfant qui joue et ne s'interrompt pas tout à fait... Comme s'il savait que toute séparation est définitive... La maman est perdue... La revoilà... Surprise et bonheur... Apprentissage... Permanence... Illusion par dessus les siècles... En fait tout se désagrège... Toute séparation est définitive... Les enfants le savent... Nous aussi d'ailleurs... En grattant un peu... Toi peut-être tu ne le sais pas, tu sais autre chose maintenant... D'autres lumières, d'autres connaissances... La fin de la douleur, de la contingence... Tout ce qui passe... Les plantes, les arbres, les bourgeons... Les animaux qui courent, les vermisseaux... Le décor mesquin et mal fichu de nos vies... Cette vie que tu aimais avec confiance pourtant, et sans arrières-pensées... Tu es mon baromètre, ma rose des vents, je vois tout à la lumière de cette absence... charnelle... Ce manque... Tu m'épargnes même la culpabilité... Oh, toi non plus tu n'étais pas parfaite... Quelquefois je te sens si proche de moi, si amicale... Une caresse dans les cheveux, un bon regard confiant... Mais quelquefois je suis si bête, ça me panique... Que c'est long de comprendre ce que les gens disent... de comprendre qu'ils disent tous la même chose... que personne ne se comprend... et que tout le monde, mystérieusement, se retrouve...

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22 avril 2005

C

Peut-être le vieillard va-t-il accoucher d'un homme nouveau.
Et peut-être les choses maintenant sont-elles plus simples.
Je me souviens de ces paroles définitives qui ouvrent le monde.
Je me souviens de ces vieillards transis.
Sûrement le vertige n'est-il jamais plus grand que devant la toile blanche
la page blanche ou la neige blanche,
la fin totale de toutes les distractions inventées.
Peut-être l'enfant que je porte en moi va-t-il venir – Silence.
La vie est dans le vieillard
et la vieillesse dans l'enfance.
Viennent à moi ces langueurs monotones,
et ces épices, la vie épicée, rapiécée,
l'après-midi d'été quand le soleil tourne,
ou alors quand nous fuyons l'orage,
la pluie et le temps gris.
La vitesse monotone d'un train de banlieue, et la simple absence,
peut-être là aussi y a-t-il une lumière.
Le verrou est tiré le vagabond et la lampe de l'autre coté du canal,
le café bien chaud qui attend sur le réchaud.
Ma petite soeur, mon amour, ma vraie famille
inventée.

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25 avril 2005

C — Pub

Alors comment vont mes parisiens ? / Pas très bien, ils me font mal au coeur, ça ne va pas aujourd'hui. / Bousculades, tension, traits tirés, courses, presse, éclairage lunaire.

Le soir je rentre dans ma province, la journée a été fatigante, je grignote quelque chose, à la télé il y a une émission sur la pub.

Ce qui s'organise autour de nous et en nous, ce qui est humain, et un peu plus, un peu au delà ? Ce qui va vers un but (?) que nous ne comprenons pas et qui nous échappe.
À moins que ce but ne nous comprenne, et nous permette de nous échapper.

Oui bien sûr je comprends ce que tu veux dire mon frère oui bien sûr c'est dur à avaler et tu as presque l'air de t'excuser de dire ce qui est... L'individualisme c'est de s'enfermer sur soi-même parce que l'on se sait et on se sent unique et d'une certaine manière libre... Le problème c'est que tout le monde se dit ça, se sent comme ça et s'enferme chez soi... Plus de solidarités, des solitudes par millions... D'autant plus tragiques que chacun au fond est (redevient) semblable aux autres, mais sans communication (Edgar Morin).
Ou alors, c'est que la communication doit changer ; elle ne change pas, à moins qu'elle ait déjà changé.

Vous écoutez ce que je dis ? (tout à l'heure il y en a un qui est tombé à coté de la plaque, lui aussi doit le sentir, il faut être pressé. Enfin bon, tu m'as réveillé, tu as dit à peu près ceci :) Je ne sais pas, le langage. Le langage en arrive à être faussé. Ce que l'on ressent bien sûr ne peut pas être communiqué. À moins que dans un éclair on ne ressente que ce qui est communiqué est ressenti.
Il faut dire les sensations les plus folles que l'on a. Là où il y a une lueur, un pont, une communication possible de ses sensations les plus personnelles (?), il faut dire les choses, les exprimer de la manière que l'on juge la plus adéquate, la plus possible.
Ensuite, je suis pressé, M. Béranger-Lévèque, il y a la mémoire, bien sûr cher ami excusez-moi. Et puis les machines, l'an 2000 de notre enfance, Deleuze...

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26 avril 2005

B — À bout

  Cette fois-ci, je suis à bout, je n'en peux plus... Laissons-nous de nouveau entraîner par les règles de l'écriture, puisqu'il y a règle en tout, règne devant l'éternel, un vaisseau dans la nuit, je n'en peux plus : tout m'est signe, mais signe indéchiffrable et inutile. Les libérés, les libérés de l'asservissement soi-disant. Le calumet, la bataille. La grammaire de Champollion, les trésors, les incunables. Les cris, les cris des soldats, cette trompette monotone me revient. L'autre minable avec ses inspirations, l"éclatement du coeur, pieux mensonge, oui... Hypertrophie du moi. Y'a des gens comme ça qui croient que leur vie est intéressante. Moi ma vie est pleine de morts, il y en a trop, à quoi bon tous ces morts ? Est-ce ma faute ? Et qu'y puis-je ? Je sens les rumeurs, les tremblements. Lacunes, manques, comblements avortés... Nous n'avons plus de parole magique... Tiens, ce n'est plus la corne monotone, ce sont les freins du train qui respire, qui n'en peut plus... Tout m'interpelle (pardon), mais comment répondre à tout ? Nous n'avons plus de parole magique et je n'en peux plus. Et comment les paroles magiques que par hasard nous rencontrons encore, comment nous arrivons à les ignorer, à passer à coté, à n'en rien comprendre... Comment dans les vitrines des musées elles sont figées, suicidées...

  Tout m'est magie, le cercle de la lune et le cercle du réverbère. Le rocher, la muraille, le phallus, la montagne, le masque hurlant, les dents en avant, le crocodile qui est un lion et qui est une porte. La tortue : c'est un oiseau ! sur lequel nous sommes posées. Phallus, boulet, hampe, drapeau, chapeau, rire aussi et cathédrales, et les travées, les piliers qui montent au ciel... au ciel ; les vitraux, le sas, l'aération, lumière, caresse. Dans tous les délires modernes, les plus savants, les plus sophistiqués, les plus destructurés, dans leurs lieux les plus tristes je lis comme à livre ouvert. Bacchus, Dyonysos, Eros, Priape, appétit enfoui ô au plus profond de nos chairs, cette salope m'a vidé les couilles, demain, demain, promis, je ne parle plus, mais je voulais dire encore ceci : bienvenue, bienvenue dans un monde qui mue, bienvenue chez Rhône-Poulenc.

  En quelle langue faudra-t-il que je parle, tas d'abrutis, pour que vous compreniez. Parlé-je une langue différente de la vôtre.
  Marrant jusqu'à quel point les gens peuvent être imbus de leur moi. Exemple ce type rencontré l'autre jour, une connaissance, il se retrouve un peu sous les feux de la rampe, alors ça enfle ça enfle, il parle de retraite, d'inspiration, n'importe quoi, exemple moi bien sûr mais pour moi trop de morts dans ma vie, je ne joue plus, ce n'est pas drôle, le jeu n'est pas drôle.

  Dernières nouvelles du front. Marrant comme aujourd'hui je me suis retrouvé dans des endroits immondes, pourtant j'ai un certain train de vie. Les chiottes les pires de la terre, la puanteur, pour me punir, pour me faire pardonner. Le garçon de café le plus antipathique de la création, hargneux, con et méprisant, comme on n'en peut trouver qu' à Paris... Tous les problèmes deviennent mondiaux, et je n'en peux plus. Plus d'individus ! Plus de solitude aussi, c'est à dire : solitude pour tout le monde. Plus de souffrance aussi, c'est à dire... Plus de masque aussi, plus de passage, c'est à dire : passage pour tout le monde, la mort, la mort partout présente, et nous détournons les yeux.
Dans tous les objets de la vie moderne, je déchiffre les anciennes puissances magiques, les premiers mots prononcés, les simples évidences et les drames anciens et les révélations. L'oeil de la télévision maintenant nous hypnotise ; les images et les mensonges maintenant s'enchevêtrent, se confirment, s'annulent. L'hypnose, l'hypnose immémoriale de la mort. Alors l'écran qui te fait face est hypnose, hypnose et mensonge : l'oeil bien sûr, l'oeil qui est dans notre tombe. Nous sommes hypnotisés par ce que nous voyons, et non par nous, qui ne nous voyons pas... Le tissu de la réalité est bien solide. Que verrions-nous sans hypnose, que ne sommes-nous pas prêts à "voir" ?

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29 avril 2005

C — Souvenirs

  Quand on passe la barrière de M***, brusquement le paysage devient plus montagneux. Ou plutôt on réalise soudain que le pays est maintenant montagneux. On n'avait pas fait attention aux accidents du relief, aux lointaines collines qui se profilaient à l'horizon, doucement approchantes. L'horizon maintenant se ferme, brusquement il vient vers vous, de grasses collines sombres vous regardent et les nuages gris et immobiles sont comme leur reflet, au dessus d'elles... Ce n'est plus la plaine, mais c'est encore le même pays, à cause des nuages, du ciel et de la pluie. Peut-être maintenant la pluie sera-t-elle plus obstinée, on le pressent dès la première approche, et on pressent aussi que les habitants de ce pays ne veulent pas s' habituer à cette inimitié, que c'est leur fierté, leur courage.
  L'envie vient de se raccrocher à des souvenirs de mer, à des souvenirs de soleil radieux, de chaudes après-midi. Mais on sait que tout ceci est bien loin, que depuis longtemps déjà on a déjà franchi un seuil en quelque sorte irréversible.
  Au delà de la barrière de M***, les habitants sont plus rêveurs, plus hospitaliers, quoique l'altitude relative ajoute les rigueurs d'un froid persistant à ceux de la monotone insistance de la pluie. On surprend des sourires, des visages ouverts malgré leur gravité. La même gravité un peu morne que celle que vous avez vue sur les visages des habitants de la plaine, mais ici éclairée de l'intérieur par une sorte de rêverie commune et palpable.
  Sous une pluie battante, le petit hôtel de M*** vous accueille, en face de la gare, avec votre valise un peu trop voyante. Vous savez que maintenant vos journées seront bien longues, que vos tentatives de sortir, de vous distraire, seront vouées à l'échec. Mais vous savez aussi que c'est cela que vous êtes venu chercher ici.

  Quelques années plus tard, je suis passé en trombe, dans un train express, par la ville de M***. Je n'ai pas vu ce curieux jeu des collines qui s'approchent de vous en catimini et brusquement vous cernent. Le temps que je réalise où j'étais, les collines étaient déjà loin, à l'horizon...

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D

Tiens-toi bien dans le monde, tu entends !
  Maintenant tu es parti, mais quoi que tu en dises, tu n'es pas hors du monde, même si tu es loin de tout, même si tu t'es voulu solitaire. Pour ma part je vais passer un certain temps à X***. Regarde tes atlas, tu verras où c'est. Cartes de géographie, cartes routières, cartes de visite. N'oublie rien.
N'oublie surtout pas ta promesse. Tu sais à quoi t'en tenir sur mon compte. Pour ma part je ne t'oublie pas. Ta photo est sur ma table de chevet. J'en ai une autre, un peu plus récente, dans mon portefeuille, j'aimerais bien dire sur mon coeur, mais mon portefeuille est dans mon sac à main, et je n'ai pas le coeur en portefeuille !
  Mon coeur s'est ouvert pour toi, et il s'est refermé sur toi, tu le sais. Accepteras-tu cette prison ? Tu te souviens de ta promesse. Moi aussi je m'en souviens, elle est dans mon coeur, elle est devenue l'axe de mon âme, je pense à toi.
Tiens-toi bien dans le monde, tu entends !

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30 avril 2005

A

Dans la foule multicolore les visages changent et tournent,
C'est une farandole peut-être joyeuse qui passe devant tes yeux,
Le souvenir d'autres foules dans d'autres pays.
Chaque visage se transforme sous tes yeux et te rappelle
D'autres rires, d'autres visages qui ceux-là te riaient.
Mais hélas bientôt cette figure tourne encore et redevient
La figure inconnue d'un inconnu de la foule indifférente.
Obstinément la foule te renvoie à toi-même
A-t-on jamais été plus seul que dans la liesse
Quand pour soi on sait déjà que la fête est finie
Quand pour soi il manque le visage essentiel
quand la personne essentielle n'est plus là, parce qu'elle vous a fui
Et que rien d'autre n'a d'importance.

Va ailleurs, rentre chez toi, même les personnes que tu connais n'ont rien à te dire. Tu n'arrives à n'échanger avec elles que des banalités. Tu n'acceptes pas, tu ne connais pas ce jeu banal des paroles échangées, et quelquefois une porte brutalement fermée te décourage de frapper à toute porte.
Alors rentre chez toi, tu as la clé, tous les chemins de ce pays sont des impasses, à moins que ce ne soit toi qui n'ose aller plus loin.
Chez toi les pièces sont vides, ou encombrées. Tous ces livres que tu as lus et qui maintenant sont fermés, qui n'ont plus rien à te dire

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01 mai 2005

C

Rivages lointains,
jolie chanson.
Te souviens-tu de cette grise matinée,
et la présence et la pulsation de la mer silencieuse,
la mer éteinte.
Je cheminais avec elle, rêves de rubans, plage défaite,
comme un lit au matin.
J'aurais tout aimé d'elle, comme la vie en un éclair,
et ses gémissements, et ses plaintes,
ses prières, et aussi son indifférence.
Gentille vague, tu me prendras, tu me noieras.
Et avec les méduses, les sables salis, les coquilles délavées,
avec les milliers de bulles et cette bave livide,
je voguerai avec l'inconscience d'un bernard-l'ermite.
L'inconscience et aussi la gravité. Là s'arrêtera l'univers,
à ces deux galets jetés au hasard. Je rêve de ta caresse,
j'appelle ton souffle, ta magie.

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09 mai 2005

B

Tout s'éclaire maintenant
Ma petite fille est là
tout près de sa mère
Elle rit et regarde
Concevoir chaque instant comme un instant magique
percevoir la magie de chaque instant
Comme c'est étrange en tout cas ces idées qui s'entremêlent
qui s'affirment et s'échangent
s'approfondissent mutuellement
Océan d'Idées...
Te souviens tu de la joie de ta jeunesse
Le vaste monde que tu découvrais qui s'offrait à toi
Les êtres les formes les ombres les soupirs les mystères
La petite Oliveira
La petite Naranja
Toutes mes petites barcelones
Abandonne toutes idées de mal
de mort et de destruction
Sois humble et blablabla...

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12 mai 2005

D

Voilà déjà quelque temps que je n'ai pas eu de tes nouvelles. que se passe-t-il ? J'ai besoin de tes visions, de tes rêves. Je regarde un atlas, je cherche dans des dictionnaires... Je sors dans la cour cernée de hauts murs, puis je rentre... je n'arrive pas bien à me chauffer pour de bon, l'hiver est long... Hier j'ai surpris un rayon de soleil sur la miniature que tu m'avais offerte... Tu t'en souviens ? Peut-être déjà n'as-tu plus besoin de moi... Peut-être as-tu trouvé une autre... Si une telle pensée me vient le matin, elle ne me lâche plus jusqu'au soir, et je suis incapable de m'en distraire.. J'ai besoin de tes divertissements, mais j'ai aussi besoin que tu aies besoin de moi. Je suis bien exigeante... Et que faire de cette exigence ? Que feras-tu de cette exeigence ? Hier une voisine m'a rendu visite. Nous avons "bavardé", comme on dit, bu du thé, pas grand'chose, mais ça tient compagnie... Puis je suis allée au cinéma... J'ai acheté un journal... Mais ni le film ni le journal ne m'ont parlé de toi... ni la voisine... Elle s'inquiète de me voir ainsi, seule dans la force de l'age... Elle ne comprend pas, elle suppute, elle subodore, elle questionne discrètement. C'est une chance d'ailleurs, elle me permet de rêver, elle me renvoie une image romantique de moi-même. Comme j'aimerais être la femme qu'elle s'imagine que je suis... Une dame un peu triste... Je le suis, mais pas tous les jours, tu sais... J'ai retrouvé de vieux amis, qui sont venus me voir de passage dans la ville... J'ai été contente de les voir, depuis le temps... Je crois que tu les connais, je t'en reparlerai, ça pourrait t'intéresser, pour ta création, pourquoi pas ? Soit disant le couple uni, le type belle réussite sociale, elle très à l'aise et pas trop bourgeoise, ils viennent d'avoir un deuxième enfant, mais on sent bien que ça craque de partout... Oui, je t'en reparlerai...

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20 mai 2005

C

Déjà dix jours que je suis enfermé ici… Ça va bien, puis ça va mal. Toujours l'angoisse qui vous pousse, qui vous aiguillonne… Mais là elle pousse un peu, la vieille compagne… Encore un verre de liqueur… Une liqueur à deux balles, que je me suis achetée à l'épicerie du coin… Qu'est-ce que j'attends, au juste ?

Il me semble que je pourrais m'en souvenir, au moins, mais ces dix jours se confondent, prolongent de façon dérisoire ces dix dernières années, dix années que je traîne. On agit, on est agi… En fait c'est pour rien. Pourtant il me semble qu'il y a bien longtemps je voulais quelque chose… La petite lueur dans les ténèbres, tu sais ? Vaste rigolade… On est agi, vous dis-je… La Volonté, qui se donne des représentations, et nous, pauvres humains… Ici, il pleut tout le temps, c'est pas compliqué… Une représentation de ma volonté ? Mais elle me mouille, cette pluie, désagréablement… Des nuages passent, bouillonnants… Tout le monde s'en fout, mais tout le monde en souffre... En silence… Le silence des siècles… C'est peut-être ça, l'éternité… Un avant-goût de l'éternité... Ça ou autre chose, pour la vie… C'est égal… Tous les chemins sont égaux… Mais il y a des assassins !

J'aime cette place, que je vois de ma fenêtre. Sombre, fréquentée mais calme, austère, sans structure. Tu te souviens des places de l'Italie ? Là-bas les gens vivent… Pas besoin d'évasion… Moi je me suis évadé et je me retrouve ici, depuis dix jours… Depuis dix jours déjà. Quand je pense à ce que j'attends, à ce que je suis venu attendre… Mais non, cette pensée me fuit, comme des grains de sable qui coulent de la main… Sablier… Représentation masochiste… J'y crois pas, pourtant, fondamentalement, à toutes ces salades … « À la lumière du soleil couchant, les hommes ou bien se tourmentent sur la mort qui approche, ou bien tapent sur des chaudrons en chantant. Infortune. » La vraie vie est ailleurs. Ici, pas ici ? Ma volonté, tu m'as amené ici, sur cette terre perdue, je me livre à toi… Et s'il n'en reste qu'un… Tout aurait dû se débloquer ici, mais pourtant rien ne vient… Au moins je suis peinard… En dehors de la vie… Des vicissitudes de l'existence… Si charmantes, au fond… Agréables compagnes… Le soir, la fatigue, le devoir accompli, et le matin, l'angoisse, le branle-bas de combat, la mobilisation des énergies, des buts à atteindre, des obstacles à surmonter, bref, de quoi se sentir vivant… Oui, ici je suis loin de tout ça, loin de l'incarnation… En l'air… J'aime ça, finalement… Mais il faudrait que ça débouche sur quelque chose… Viendras-tu ? Viens, viens, je t'appelle, je n'attends que toi… Je suis impardonnable de te poser comme une pièce de puzzle dans l'enchevêtrement de mes masochismes… Représentation, toujours… Pourtant, la volonté… qui a créé ce pays impossible… que je commence à aimer… Ces collines embuées, pleines de mystère… On ne peut même pas se promener, quelle chance que de ne pouvoir constater la banalité universelle, du sommet de la colline, aussi bien, mais avec plus de fatigue, que de cette chambre d'hôtel.

De ma chambre d'hôtel, immobilisé par la pluie, je rêve, et mon rêve envahit l'espace… Il monte les collines, il descend les vallons, il s'accroche à la pelure des arbres, aux mousses, aux ruisseaux de pluie… Entends-tu ? Vie sauvage, vie totale, à deux pas… Délicieusement inaccessible… Même pas la vie, d'ailleurs. L'Être sauvage, l'existence sauvage, loin des représentations… Enfin, le temps d'une illusion. Le livre se referme.

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21 mai 2005

D

La nuit je me couche tôt mais je ne dors pas… Mon esprit vagabonde, il arrive d'abord à passer par la fenêtre, fermée pourtant… puis il descend dans la rue, il descend la rue jusqu'aux boulevards. Là souvent je suis distraite par les lumières , attirée comme un papillon. Je cherche un café ouvert, j'entre, lumière et silence, quelques clients attardés. Je déchiffre leurs visages, un à un, pour y lire quelque chose de toi. Ça n'arrive pas souvent, drames trop personnels, ou trop de vapeurs d'alcool… Ils ne savent pas que je les épie, que chacun de leurs gestes m'est une précieuse indication pour mon futur… Mon futur avec toi… Non, ils sont trop veules… Tant de bassesse… Des plaisanteries grasses… Des gens qui au fond ont le plus profond dégoût d'eux-mêmes. Quelquefois je surprends une vraie personne, un visage purement désespéré, un visage noble… Je le touche avec les doigts de l'âme… Il ferme les yeux un moment… Je pose un baiser sur son front… Il est grand, habillé d'une manière quelconque, un peu négligé… Bien sûr il me fait penser à toi, c'est pour toi que je reste avec lui… Je fais passer des ombres devant ses yeux… Le bar est soudain transfiguré, et pour lui et pour moi... Les autres n'ont rien vu… Ils ne verront jamais rien… Ils ne verraient pas leur voisin de palier en train de crever… Lui il est différent, ça ne se voit pas à son habillement, pas à son, allure. Ça se "voit" à autre chose, une femme naturellement sent ce genre de choses… Peut-être une manière d'être un peu crispée, pas naturelle, l'air d'être un peu en garde, de ne pas vouloir se laisser aller à la fraternité factice de ce genre d'endroit… Quand les choses sont trop difficiles pour quelqu'un, ça se sent... Moi je le sens, en tout cas, j'y fais attention, et lui… Il me fait penser à toi, il me parle de toi… Je l'accompagne jusque chez lui… Dès qu'il sort du bar, il a l'air de se relâcher, de se détendre, de souffler… pourtant ça ne doit pas être quelqu'un qui aime être seul… ni en compagnie… Tu comprends ça, n'est ce pas ? Vous n'êtes pas des gens simples. Moi non plus. Dehors, par ce temps là, par ce froid, passé minuit, il relève le col de son manteau, il presse le pas… Il attend l'ascenseur, je m'y glisse avec lui… Toujours le même sordide éclairage dans tous les ascenseurs du monde… non, pas toujours le même, mais toujours sordide. Celui est blanc et accusateur, comme un œil glauque fixé au plafond, et qui ne cligne pas… Et l'inévitable glace accusatrice… Le tombeau se referme dans un bruit de mastication mécanique… La petite mort, la petite solitude insidieuse, de l'intérieur… On ne peut même plus être dans son propre corps, léger écoeurement… Puis le tombeau s'ouvre avec prudence, précaution : la nouvelle dysharmonie… Il sort, je l'accompagne jusque dans sa chambre, jusque dans son lit… Il est nu, il est beau… Je me blottis contre son épaule, je pense à toi, je sens son odeur… il se retourne dans son sommeil, il murmure quelque chose, ses rêves m'échappent... Il se secoue il me réveille... Je me découvre alors dans une chambre inconnue, mal rangée, avec l'odeur de renfermé, de souci… Qui c'est ce type qui m'a oubliée, qui ne m'a pas vue, même dans son sommeil… Je vois se soucis et ses rêves qui défilent… Un invraisemblable bazar… Et au fond, beaucoup de contentement, d'apitoiement sur soi-même… Brusquement, ça me dégoûte… qu'est ce que je fais ici ? Je m'empresse de rentrer, par-dessus les toits, les rues… toutes semblables, toutes peuplées de solitudes… j'arrive, c'est déjà le matin, épuisée… Je pense à toi… Je pense à toi… Et toujours pas de nouvelles de toi…

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A — première vision

 Il est peut-être inutile de vouloir fixer quelque chose dans la fluctuation générale, aussi bien un piquet dans la terre qu'une impression sur une feuille. Ces voitures qui grondent dans le lointain, cette vie organisée, dans quelques années – dans quelques secondes – n'auront plus cours. Et il ne s'agit pas de destruction, il s'agit de l'Univers et de son mouvement perpetuel, ce perpetuel éclatement où rien n'existe que dans l'instant. La feuille tombe de l'arbre, et après le poème passager de sa chute, se pose délicatement sur la pelouse. Et en quelques secondes, sous mes yeux, cette feuille et toutes les feuilles disparaissent dans la terre, comme un homme qui plonge dans la mer, comme un aliment englouti. La feuille disparaît, chacune de ses molécules vole en éclats, épouse l'immensité, remplit de son oubli, de son inexistence irrémédiable les sables, les roches, les mers et les étoiles qui jaillissent à tout instant. Mouvement pateux, incertain, des voitures hésitantes dans l'avenue. La tôle s'immobilise, les formes disparaissent, et il ne reste plus dans le lointain que le froid et l'erreur, l'anomalie passagère de quelques insectes agglutinés que le soleil chassera, ou la venue de la nuit, comme un rêve qu'on n'a pas compris. Dans un perpetuel recommencement, cela disparaît, et déjà autre chose rejaillit, la terre qui me soutient encoore quelques instants s'effondre, je tombe et je vole, j'embrasse je bois l'humus, des milliards de feuilles pourries et délicieuses, je m'éteins, doucement le monde continue, rejaillit, explose, amenant alors à sa surface, sous mes yeux ressuscités, cet absurde spectacle de la terre en prière et du bruit en colère. À travers les siècles je m'immobilise un instant, cet instant éternellement présent, le seul concevable. Et un être, cet être, cet ami, cet étranger secoue alors toutes ses feuilles, discrètement, amicalement, il fait tourner, tournoyer toutes les pages rousses, rouges, jaunes de son tranquille et fuyant savoir, les abandonnant à la douceur du soir, de la nuit qui monte, s'abandonnant à la profondeur du vent. Quelle grandeur et quelle souveraine noblesse, quel absurde courage de montrer, d'offrir tant de beauté, comme une larme versée dans la mer, comme une note perdue dans le soir et qu'on n'entendra plus. Pourquoi ne serais-je pas comme cet arbre – moi qui sais tant de choses – confiant et ardent, passionné et oublieux, au lieu de me raidir dans une conscience et un corps inutiles, enlaidis, poussiéreux, orgueilleux.

 De nouveau la scène va se rejouer, de nouveau nous serons au bord de la désintégration et d'une perpetuelle recréation. Feuilles jaunes qui se fichent dans la terre, cette terre qui grossit, puis jette ses vagues, puis s'apaise. Et puis toutes choses sont égales, splendides et fugaces comme les vagues de la mer. Toutes choses sont égales, et la vision se fait système ; la vie, l'univers coulent entre mes doigts, et c'est folie que de vouloir retenir quelques chose de cet écoulement splendide et absurde. Et puis je suis là, je reste là. Comme toutes choses, la vision s'écoule et déjà s'évanouit. Il n'en reste plus qu'un système bancal et dérisoire. Pendant quelques instants j'ai oublié ma laideur, ma souffrance, mes pauvres tourments. La splendide vision a tout effacé, et pourtant elle est là, je la sens qui palpite, ma vieille angoisse, encore presque oubliée , pour quelques instants encore presque apaisée.

 Alors le modèle s'effondre, le modèle n'est pas conforme, et je me prends à rire de moi-même et de ce qui n'est plus maintenant qu'une construction intellectuelle hasardeuse et absconse. Tout paraissait clair, et je m'étais oublié. Oubliée la souffrance, cette travailleuse infatigable, cette accoucheuse forcenée. La souffrance inadmissible, qui vous réveille à vous-même, et qui met devant vous l'évidence que quelque chose ne va pas quelque part, qu'il faut lutter. Cette souffrance impitoyable, sans laquelle nous ne serions rien, et qui grandit démesurément cette infime poussière de temps où nous sommes accrochés, et lui donne les dimensions, l'arbitraire et la monstruosité de toute une vie.

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24 mai 2005

C — Réminiscences

Le saint en prière sur le mont
C'est peut-être moi
Le pendule, le clocher
La voiture qui file dans la campagne
Première sortie le vélo les arbres dans la brume
Des jours de pluie, des sortilèges
Le couloir – carrelage sonore
Mais pas de regret
Maintenant la forêt qui se découpe sur le bleu du ciel
L'air est léger, le vent insiste
Toujours dans les murmures et les graves
Comme une respiration
Voilà le caillou – de la terre attachée et qui colle au doigt ?
Non, tout sec, et un autre plus petit pour l'accompagner
Ça n'a qu'un temps – le vol des fauvettes
Un écorchement rouge à l'horizon – à peine déchiffrable
Au dessus de maisons – au dessous ?  ou alors dans une autre direction
Le murmure indistinct de l'eau
L'attente
Trois lignes horizontales – ma marque
Mes attentes, mes demandes
Une prière qui n'ose pas s'élever
Pour qui ? pour où ?
Quelquefois le ciel sonne bizarrement creux
Il est tout noir vous savez – le bleu est une distraction – une prière

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07 septembre 2005

A

Plus d’absences.
Responsabilités.
À qui dire ce que j’ai à dire
Et qui m’écoutera.

Il partirait dans un train pour rencontrer son amante.
Le train arriverait dans une gare froide et brumeuse, au petit jour.
Puis un rayon de soleil doucement réchaufferait et réveillerait la ville.
Quelque part assise sur un banc public son amante l’attendrait
(le train arrivait un peu trop tôt, pour aller jusqu’à la gare !)
Et sur ce banc ce serait le premier baiser.
Puis dans la ville ensoleillée ils marcheraient la main dans la main,
Elle serait belle dans sa robe blanche et lui encore un peu empesé
Du froid enfermé dans ses habits.
Dans cette ville coule un fleuve généreux entre des murailles dorées.
Le souvenir lui viendrait des jours anciens,
Et son amante est là, infiniment présente,
Elle n’a pas peur de la regarder,
Ils se regardent les yeux dans les yeux.
Il ne lui demande rien, seulement ce regard dans lequel
Il peut plonger et se découvrir.
Et découvrir émerveillé la tendresse et la facilité.
Il sait bien que tout cela n’est qu’un rêve
Et que comme les autres rêves ce rêve retombera
Pour le laisser tout seul avec
Le silence
Les responsabilités
La réalité l’existence.

 Eh je sais bien que je peux tisser d’autres rêves, d’autres vies, à l’infini, à partir de ce simple nom : D,
À partir du simple souvenir de ce beau visage,
Ce visage qui sourit et qui vit en moi,
Ce visage qui est à moi, qui est en moi,
Et qui pourtant m’invite à sortir de moi…

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08 septembre 2005

B

Oui, bien sûr, la joie évidente de toutes choses…
Mais ce n'est pas ça que je voulais dire.
?
Non, rien.

Ça y est je me souviens et c'est le contraire,
l'ennui de toutes choses,
On se fait des illusions et c'est la marque de la jeunesse,
et puis un jour ce n'est plus possible,
et on découvre le prodigieux ennui,
les prodigieux ennuis :
L'ennui évident d'être un homme.
L'ennui d'avoir des enfants et de les élever dans la mascarade sanguinolente de nos sociétés avancées, pour rien, dans l'illusion apprise, l'illusion à transmettre.
L'ennui d'un métier.
L'ennui de se battre chaque jour.
L'ennui des scènes de ménage, des disputes domestiques. Ça met un peu de piquant dans la vie, évidemment, dans un premier temps on se dit ça, c'est dans l'évolution normale des choses,
mais au bout du compte après quelques années d'orages et de tempêtes, il ne reste que l'ennui de ces batailles inutiles.
Ennui du passé, ennui qui s'accumule, ennui né de ces fureurs amères, de ces haines mal assouvies, et pour couronner le tout l'ennui de vieillir
et de mourir.
Et l'ennui de toutes ces philosophies positives, ces clichés désabusés que l'on se transmet comme des talismans, pour tenir le choc, pour se persuader que ça ne va pas mieux chez le voisin, que tout est normal,
l'ennui que distille cruellement la vie.

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09 septembre 2005

C

Apprenez à vivre,
doux amants de ce doux village.
Apprenez à mourir,
sombres amants de ces sombres rues.
Partez pour l’enfer
et le ciel et toutes ses avenues.
Partez, montez sur l’arc-en ciel,
le sombre bateau du couchant vous ramènera.
La vieille qui sifflote
Vous attend au pied de l’avenue.
Sous ce tilleul bien aimé,
Viens t’asseoir auprès de moi ma bien aimée.
La vie est une cabriole
loin derrière la colline.
Elle apporte l’ennui et le désespoir,
mais peut-être aussi un matin
plein de promesses et de prières.
Apprenez la vie,
amantes de mon villages.
Apprenez la mort,
sombres amants.

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10 septembre 2005

D

La vie est un songe…
Partageons le à deux ?
J’ai envie d’arrêter, que tout s’arrête autour de moi et en moi. Mais y a-t-il une différence ?
Émotion, rayonnement et compréhension, lumière. Le clair regard de tes yeux, divination, connaissance. Que vois-tu de ton regard, qu’enregistre-tu derrière ce visage comme une lune creuse, comme un soleil couchant ?
J’ai vu l’envie de sortir de soi se propager comme un embrasement, des courants de gestes tracer des lignes sinueuses de personne à personne. J’ai vu l’isolement de chacun se dissoudre dans une vie rêvée… Après il y eut le repas, le vin,les cris et les rires. Et toi, tu n’étais pas là…
Chacun est pour chacun un surveillant, un persécuteur et un libérateur. Le plus souvent il n’est qu’indifférence.
Pourquoi ne vas-tu pas vers l’autre ?

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