18 avril 2005

A

À nouveau je vois les mêmes visages mais comme d’habitude je ne vois pas les mêmes choses qu’eux. C’est dur, tu sais, de se sentir dans la médiocrité, et en même temps sentir la médiocrité sourdre de soi-même. C’est comme une plaque de verre qui empêcherait toujours au moment crucial le geste décisif. Alors je vais dans l’existence, comme tant d’autres. Je me pose des questions, mais peut- être eux aussi ? Comment savoir ? J’ai renoncé à pas mal de choses, mais peut-être eux aussi ? Finalement j’ai toujours l’impression que les gens sont en avance sur moi. C’est vrai, on se plie toujours aux habitudes dominantes. Et on a raison. Sinon, on dérange les gens. Et ce n’est pas bien, de déranger les gens. Ça dérange tout le monde. Alors on se tait, je me tais, du moins, juste au moment où il faudrait parler. Pourtant, j’aime les gens, tu sais. Mais je ne les comprends pas toujours. Peut-être une question d’orgueil. Une question de retard, en fait. Évidemment, il est dangereux de se dire qu’on a raison contre tout le monde. Et pourtant tout le monde se dit ça ! C’est obligé ! Chacun est le centre du monde ! Irremplaçable ! Irréductible !

Pour chacun, tous les autres sont une menace ! Une remise en cause ! Et les gens vivent comme ça ! C’est étonnant qu’il n’y ait pas plus de meurtres, si on y réfléchit. Pas plus d’accidents inexplicables, de drames familiaux et sordides, de types qui étranglent leur femme et égorgent leurs enfants, de types qui se saoulent à mort jusqu’à se retrouver sur le trottoir, dépouillés et la tête fracassée, une bande de voyous qui passait. Finalement les gens sont bien élevés. Moi aussi d’ailleurs. La comédie sociale marche à plein, avec ses bizarres moments de détente, de soulagements, ses quelques sursauts de chaleur apprise et pourtant spontanée. Quand j’y pense, c’est une idée vertigineuse…
J’en ai bien d’autres, des idées vertigineuses. Le vertige en fait commence, peut commencer à tout moment. Ils sont sympas, les adolescents, ils ne se doutent de rien. Si ils savaient ce qui les attend… Comme tout devient bizarre, avec le temps… Comme tout se révèle d’une manière toujours inattendue, comme tout se noue… Et c’est pas fini pour moi… Je suis pas très vieux… Qu’est-ce qui peut se passer, dans la cervelle d’un vieux ? Encore une idée vertigineuse…

Posté par deborge à 17:15 - - Commentaires [3] - Permalien [#]


Commentaires sur A

    On ne se plie pas toujours aux habitudes dominantes,
    les autres ne sont pas toujours une menace,
    les gens ne sont pas toujours bien élevés,
    mais tout cela est question de point de vue.
    Et le vertige en fait commence, peut commencer
    à tout moment ...

    Posté par Blang, 21 avril 2005 à 22:53 | | Répondre
  • Mais il s'agit d'un roman, non?
    D'un texte qui s'efforce de constituer l'image d'un personnage?
    On ne peut réagir à ces lignes comme on réagirait à un discours? Si?

    Posté par jumbo, 22 avril 2005 à 23:56 | | Répondre
  • Je m'aperçois seulement maintenant qu'il y a des commentaires sur mon (roman)-blog !
    Réagissez comme vous voulez, mais réagissez ! ou non d'ailleurs.
    jumbo, assez d'accord avec toi.
    Merci, merci en tout cas.

    Posté par deborge, 26 avril 2005 à 16:56 | | Répondre
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