04 octobre 2005

ce que D pense de A

Rencontré A, hier, à la boulangerie. Ah celui là ! Un roman ! Toi tu as voulu te retirer du monde, perdre de vue toutes tes connaissances, ne plus avoir de relations avec quiconque, lui, sans efforts, ça fait belle lurette qu'il a atteint ce résultat. On sent le type mal à l'aise, maladroit. On ne sait comment l'aborder, il a l'air malheureux et pourtant sûr de lui. Il se vexe si on ne le reconnaît pas, ou si ,l'ayant reconnu, on ne lui adresse pas la parole, mais lui ne reconnaît personne, ne se souvient pas de votre nom, vous confond avec quelqu'un d'autre. Il écoute avec attention ce que vous dites, mais ne répond pas, le mépris dans lequel il tient vos bavardages ou vos idées mal formulées se voit comme le nez au milieu de la figure, il y répond par un silence hautain, la mine presque offusquée. Il y a de l'ostentatoire dans cette attitude, la volonté de blesser, mais aussi de l'innocence. Évidemment tout le monde le fuit. Ce n'est pas difficile d'ailleurs, il ne se mêle pas beaucoup de la vie sociale de notre petite ville de X***. Pourtant bien intégré, sérieux au boulot, une certaine réputation, quelques amis fidèles. Ici tout le monde se connaît, tout le monde le reconnaît, mais lui ne fait pas l'effort de retenir les autres.

Pour moi qui vient d'arriver, et qui ai trouver mon milieu et mes relations bien facilement (les gens sont ouverts, ici, je t'assure, sous des dehors distants, et bien loin des frasques parisiennes que tu as fuies), il me semble qu'il m'a à la bonne. Ah oui : il vit seul, on parle d'un amour malheureux, une fille beaucoup plus jeune que lui, il serait parti pour venir ici, il y a quelque temps. on n'en sait pas plus. Bref, je pense qu'il est amoureux de moi, mais dans le genre transi, un amour adolescent, à son age ! Pour te dire, à la boulangerie, dans la file d'attente je sens un regard sur ma nuque, un regard insistant, je me retourne, je le vois dans une espèce d'extase, me souriant, souriant aux anges, et les anges c'était moi, j'étais visiblement une cohorte d'anges à ses yeux ! Évidemment ça m'a flattée, mais ça m'a gênée aussi, c'était un peu trop, presque maladif. Bref, on s'est fait la bise, ouf heureusement on n'était pas dans la rue, il aurait fallu faire un peu de conversation, et avec lui ce n'est pas facile… Voilà, c'est toute l'histoire. Bah, ça a du mettre un rayon de soleil dans sa vie, et moi je manque de modestie, n'est ce pas ? Non, je ne cherche pas à te rendre jaloux ; mais comme j'aurais aimé que ce soit toi qui m'ait rendu cet hommage, comme tu savais le faire, avant… avant que tu me quittes, car c'est bien de cela qu'il s'agit ? Tu m'as bien quittée, n'est ce pas ?

Posté par deborge à 16:24 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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