17 octobre 2005

C

Un an , un an bientôt s'est écoulé. Je tiens ma promesse, je reviens. Je vais quitter, presque à regret, ce triste pays de M***. J'ai accompli ce que je voulais, j'ai abandonné une vie qui ne me convenait plus. Ici je n'ai pas cherché à me faire connaître, je n'ai pas cherché à trouver une place, je me suis toujours senti en transit, en voyage. Et les gens, très discrets, très gentils, ont respecté mon besoin de solitude.

Je reviens vers toi. Je n'appréhende pas que tout le monde m'ait oublié. Je le souhaiterais presque. Je souhaiterais en fait qu'on ait oublié cet étrange personnage en vue, que tout le monde saluait dans la rue, que l'on sollicitait de toute part, une espèce de célébrité locale, le poète qu'il est du dernier chic à avoir à sa table quand il y a du monde, quand il y a des gens, des visiteurs, à impressionner. Presque une sorte de moraliste. Qui ne me ressemblait pas, et qu'on prenait pour moi.

Il y avait trop de gens dans ma vie, trop de contacts, de coups de téléphone portable, trop d'actions, trop d'émotions. Trop de haines aussi, trop de luttes, trop de bavardages et trop de non-dits. Ma réputation, la place que je m'étais faite était usurpée,et c'est avec un grand plaisir que je vais retomber dans l'oubli, dans l'anonymat. Car il me restera quelques amis ficèles, et puis…

Voilà, en un an tout ce beau château de cartes se sera effondré. Il ne peut en être autrement, les gens sont oublieux, infidèles. De ma retraite je ramène des bribes , des fragments, des débuts de chansonnette, des souvenirs de rêves, des ciels de vertige, des mouvements de conscience, invisibles et telluriques. Et maintenant ? Écrire une "nouvelle grammaire", trouver une "nouvelle harmonie" ? Oui, cela c'était mon rêve, un rêve de jeunesse (Ô mon Rimbaud !) et bien sûr je ne serai jamais à la hauteur de ce rêve ; mais je voudrais retrouver le chemin vers ce rêve, l'enthousiasme, ce rêve qui m'a donné vie, il y a bien longtemps. Et puis on vit , et puis on oublie. J'ai ramassé les quelques miettes d'une misérable notoriété. Et puis voilà, je les ai jetées,et je suis parti.

Et maintenant je reviens vers toi. Je n'ai pas oublié ma promesse. Je me donne à toi. Je t'appartiens, et il n'y a plus de réticence, cette réticence que tu ne supportais pas. Tu m'as donné la liberté en un geste inouï, surnaturel. Dans mes nuits et mes angoisses et mes recherches, j'ai vu ta solitude et ta souffrance, j'ai vu les ravages de mon orgueil. Par-dessus les monts, les forêts, les brouillards, au-delà des distances, nos âmes se sont retrouvées, t'en souvient-il ?

Qu'en sera-t-il de nos corps ?

Posté par deborge à 16:46 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


Commentaires sur C

Nouveau commentaire